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Le doute a gagné tous les étages dans le réseau régional. Plus personne ne sait où on va mais chacun constate que la promesse de proximité a pris cher. De mois en mois, cette direction est en train d’éradiquer les programmes régionaux dont il ne restera bientôt, à ce rythme, que des souvenirs. Ou des ersatz. Le programme strictement régional a été remplacé par des programmes de réseau, préalable à une nationalisation pure et simple. A ce stade, on est en droit de s’interroger sur la productivité des nombreux directeurs et directrices de la direction des régions, rapporté aux heures produites. Ça commence vraiment à se voir. Les émissions Dimanche en politique sont sur la sellette et le magazine Enquêtes de région fait l’objet de groupes de travail et de réflexions, ce qui veut dire que ses heures sont comptées et que tout le monde va y perdre, les téléspectateurs comme les journalistes de cette maison qui n’auront bientôt plus aucune possibilité de faire du journalisme sur des formats longs. Les éditions grande région tournent le dos au besoin de proximité pourtant réclamé par nos publics et qui assure la légitimité de notre chaine, qui a fait son succès. Les audiences marquent le pas. Les économies sont partout, elles ont grignoté notre raison d’être. Elles sont en train de démotiver les troupes, celles qui restent, puisque les directions régionales sont sommées d’accentuer les réductions d’ETP sur fond de chasse effrénée aux économies. Que restera-t-il de nous ? Dans ce marasme, la promesse numérique nous place sous le joug des GAFA, dont les algorithmes ont quasiment droit de vie ou de mort sur nos contenus. Donc sur nous. Il n’y a qu’à voir l’effondrement des audiences de la plateforme franceinfo depuis plusieurs mois, dû à notre sous-référencement par Google Discover. Nous ne sommes plus maitres de notre destin. Et l’intelligence artificielle va démultiplier cet effet boite-noire, et nous asservir. A France 3, le monde numérique n’est pas associé à l’image, notre cœur de métier, ni-même à la profondeur de l’information, ou à la marge. Et on ne parle même pas d’enquête. Le numérique est rêvé par notre direction comme une source d’économie de main d’œuvre. Une manière de saupoudrer la misère des moyens, en cassant les équipes, en isolant les professionnels dans un exercice solitaire et polyvalent, censé coûter moins cher. Le tout, au détriment des personnels techniques et des principes professionnels. On est en train de nous standardiser et de nous banaliser. L’horizon est angoissant et rien ne vient rassurer les troupes. Les scénarios prospectifs qui ont fuité des cogitations de la direction de France Télévisions, soi-disant à la demande de la ministre, offrent le choix entre le pal et le croc de boucher. L’un préconise de réduire significativement le nombre d’antennes régionales, l’autre de recentrer France 3 sur la seule info, en la fusionnant avec Franceinfo. Un 3e préconise la fusion avec Radio-France, l’automatisation généralisée des moyens de fabrication, un plan social, bref un monde sans techniciens, où ne demeureront que des journalistes « opérateurs d’info » travaillant à la chaine dans des conditions largement dégradées. Qui peut s’y retrouver ? Personne. Ni les salariés, ni les cadres. Cela n’a que trop duré. La CGT appelle les salariés, partout, quel que soit leur niveau hiérarchique, à se rebeller. Tant que nous existons.
Paris, le 17 juin 2026
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